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27 janvier 2009 - la Crise s’invite aux voeux

mis en ligne le : samedi 14 mars 2009.

Au soir de la mobilisation géante qui a rassemblé près de deux millions de personnes dans toute la France, le Groupe Socialiste de Gradignan a organisé une soirée-débat au dojo de la Tannerie.

Les voeux étaient la première raison de cette rencontre mais, dans un contexte marqué par de fortes revendications salariales, les premiers accents de la réunion ont été marqués par le ras-le-bol, la lassitude provoquée par la politique à sens unique menée par le pouvoir sarkozien depuis près de deux ans. Très vite, la Crise s’est invitée aux débats. Est-elle la raison profonde des difficultés rencontrées aujourd’hui par chaque français ? Un intervenant réplique sèchement :

«  La Crise, elle a bon dos. Sarkozy applique en France l’exacte politique qui a conduit à la situation mondiale catastrophique que nous connaissons aujourd’hui…..Ce n’est tout même pas la Crise qui a fermé Solectron l’hiver dernier ? La hausse massive du chômage, elle date de ce printemps. Elle est où la Crise dans tout ça ? »

Pendant des mois, le « gouvernement de Sarkozy » a nié l’importance de la Crise qui secoue actuellement la France. N’est-ce pas Christine Lagarde, ministre de l’économie, qui déclarait au début de l’été dernier, «  la Crise est désormais derrière nous ».

N’est-ce pas Alain Minc, dirigeant d’entreprise, conseillé de nombreux dirigeants politiques et chefs d’entreprises et aujourd’hui très proche collaborateur de Nicolas Sarkozy, qui trompetait cet automne que la dimension que l’on donnait à cette Crise était …«  grotesquement psychologique » ?

La France se trouvait déjà en quasi récession lorsque la Crise est parvenue en France. N’est-ce pas la gestion sarkozienne qui a emmené notre pays à afficher un déficit extérieur record de 56 milliards d’euros en 2008 ? Les comptes publics de la France n’étaient-ils pas déjà dans le rouge alors que l’Union Européenne se prévalait d’un taux de croissance de 2% ?

Visiblement, les gradignanais ne sont pas dupes de la situation actuelle. Le gouvernement se sert de la Crise comme d’un bouc émissaire pour dissimuler son incapacité à gérer les tensions économiques et sociales accumulées aux quatre coins de la France.

Cette Crise, que tout le monde évoque aujourd’hui, pose des interrogations parmi l’assistance, forte désormais, d’une quarantaine de personnes.

Une crise d’abord financière :

Ce tremblement de terre financier et économique, dont l’épicentre se situe aux Etats-Unis, provient de l’exigence irrationnelle du « capital triomphant » d’obtenir une rentabilité à « deux chiffres » alors que la croissance mondiale ne l’atteignait même pas. Cette course effrénée aux rendements financiers va engendrer un déséquilibre dans la redistribution des revenus au détriment des ménages et des effets négatifs sur la consommation. Pour pallier cette carence, les institutions financières vont inciter les ménages à s’endetter au-delà du raisonnable. Cette mesure de substitution va un temps soutenir la consommation mais va surtout créer les conditions idéales pour que se développent les germes insidieux d’une Crise. Enfin, pour éviter que n’apparaisse un cumul trop important de crédits à risques dans leur bilan comptable, les établissements de crédit vont dissoudre leurs titres « explosifs » dans le portefeuille de spéculateurs en les mélangeant avec des titres « pépères », en espérant que l’alchimie boursière débouche sur un résultat chimique stable. Malheureusement, cette « titrisation » ne va pas avoir les résultats escomptés. Mais ne doutant à aucun moment des vertus du capitalisme, ces « packages financiers » vont être joués sur toutes les places boursières comme d’autres le feraient au casino. A cette différence près, que tout cet argent provient de particuliers comme vous et moi. Quelques mois plus tard, naissait la Crise des Supprimes et le crash économique.

Quelles solutions pour enrayer une Crise dont personne ne connaît la durée ? Personne, sauf Mme Lagarde, Ministre de l’Economie, qui nous annonce aujourd’hui une reprise prévue pour le début de l’année 2010. Quel est le contenu du Plan de Relance proposé par le Président Sarkozy ?

« Notre réponse à la crise, c’est l’investissement…… C’est la seule manière de préparer les emplois de demain ». Le plan de relance de Nicolas Sarkozy, chiffré à 26 milliards d’euros sur deux ans, fait la part belle à l’investissement et laisse volontairement le volet consommation de côté.

Quand on sait que la consommation française représente 75% de notre P.I.B., cet « oubli » parait incompréhensible.Une fois de plus, Sarkozy s’enferme dans son dogme idéologique qui l’incite à négliger le pouvoir d’achat des français. Quand aux électeurs sarkozystes qui s’étaient laissé endormir par les promesses d’un candidat qui voulait devenir « Le Président du Pouvoir d’Achat », le réveil doit être assez brutal.

Le Plan de Relance de Nicolas Sarkozy est bancal, inadapté et opaque.

Bancal … La relance doit certes passer par un effort d’investissement mais doit également s’appuyer sur la consommation en prenant soin que le soutien financier soit consacré à ceux qui en ont le plus besoin. Sinon, le Plan de Relance marche sur une seule jambe.

Inadapté…. Comment, avec un Plan de relance, qui vient de se voir adjoindre une symbolique enveloppe de 2,6 milliards permettrait-elle d’atténuer les souffrances économiques des ménages français ? Il faut se souvenir que chaque année, le Bouclier Fiscal d’un montant de 15 milliards d’euros, permet de rincer allègrement les catégories les plus favorisées et que mille foyers français parmi les plus aisés, reçoivent annuellement un chèque du Trésor Public de 250 000 euros ? Où se trouve la justice sociale dont nous parlait récemment notre Président du Pourboire d’Achat dans son talk-show télévisé ?

Opaque…..puisqu’il est impossible de savoir précisément quels sont les investissements nouvellement engagés et ceux dont la mise en œuvre a été avancée. Ainsi, il faut comprendre que sur les 26 milliards d’euros de relance, seuls 11 milliards d’entre eux iront directement dans l’économie. Quand on sait également qu’il faut encore déduire 3,6 milliards concernant des mesures comme la prime à la casse, la prime aux bénéficiaires du futur R.S.A. ou le doublement du prêt à taux zéro, on se dit que ces mesurettes ressemblent à du placebo d’accompagnement. Faites vos comptes… Il ne reste plus qu’un budget potentiel de 7,4 milliards d’euros. Pour une relance ambitieuse annoncée en grandes pompes par le gouvernement, c’est particulièrement faible.

Les ménages français vont-ils devoir, comme aux Etats-Unis, s’endetter pour pouvoir consommer ?

La façon de résoudre artificiellement la question du pouvoir d’achat avait pourtant trouvé un écho favorable auprès de Nicolas Sarkozy, alors, Ministre de l’Economie, des Finances et de l’Industrie du gouvernement de Villepin, version 2004. N’était-ce pas le futur Président qui proposait de recourir au crédit hypothécaire rechargeable qui devait permettre à tous les ménages français, d’utiliser l’hypothèque pour garantir un crédit supplémentaire ? Le locataire de l’Elysée proposait ni plus ni moins aux français de « ….s’endetter plus pour consommer plus……La marge est encore grande. La dette moyenne des français (en 2004) par habitant et par an se situe aux alentours de 6 500 € alors qu’elle est en moyenne de 11 200 € dans l’Union européenne…. »

Une multitude de questions seront posées au cours de cette toute première réunion débat que le Parti Socialiste de Gradignan entend pérenniser au cours des semaines à venir. Ainsi, les groupes socialistes de notre commune, de Canéjan et de Cestas sont convenu de se réunir autour d’un nouveau débat public qui se déroulera le jeudi 19 mars dans la salle de St Géry.

A cette occasion, Alain Rousset, le député de la Gironde, des chefs d’entreprise, des syndicalistes, des personnes récemment licenciées viendront vous écouter et répondre à vos questions. Il est désormais essentiel que chaque français ait son mot à dire et soit relayé par nos élus.

Sarkozy et ses collaborateurs, comme il aime à appeler ses ministres, n’ont ni le monopole de la pensée, ni celui des solutions à apporter à cette Crise. Il oublie que dans cette société du 21ème siècle, l’intérêt général doit plus que jamais primer sur l’intérêt particulier. C’est justement la ligne politique du Parti Socialiste.

Alain Duchet