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De la crise financière à la crise économique : mécanismes et réponses possibles

Présentation de Michel Cabannes, économiste à l’Université Bordeaux 4
mis en ligne le : lundi 23 mars 2009.

Extraits des débats lors de la soirée "Quelles réponses face à la crise ?" organisée à Gradignan le 19 mars 2009.

Bulles financières et spéculation

Après 2001, une série de « bulles » s’est développée dans plusieurs domaines (immobilier, énergie et matières premières, certains actifs financiers). L’augmentation des prix résulte à la fois des mécanismes habituels (offre et demande) mais aussi de la spéculation. La crise est le résultat de cette envolée des prix, cette succession « bulle + crise » étant classique dans l’histoire du capitalisme, mais qui n’avait jamais atteint cette intensité. Face à la montée des prix, les particuliers se sont de plus en plus endettés pour acquérir des biens, notamment dans les pays aux économies les plus libérales. Dans ces pays, le pouvoir d’achat a été maintenu par la dette des ménages : en effet, la pression sur les salaires pour servir les actionnaires a été compensée par un recours facilité au crédit.

Le mécanisme des subprimes : l’étincelle

Se sont alors développées ce que l’on a appelé les « subprimes ». Des crédits ont été largement accordés à des ménages, indépendamment des revenus, les créditeurs comptant, en cas de défaillance des débiteurs, se rembourser en revendant les biens qui auraient augmenté dans l’intervalle. Les intérêts des emprunts, indexés sur ceux des marchés ont fortement augmenté entre 2005 et 2007, conduisant à de premières défaillances massives à la fin 2006. Mais le monde financier avait déjà propagé les risques : les crédits risqués ont été « titrisés », leurs possesseurs les revendant dans le monde entier à des structures qui constituaient des produits financiers complexes, mélangeant des crédits « à risque » et des crédits moins risqués.

Une crise d’abord financière

A partir de l’été 2007, l’augmentation des défaillances de remboursement entraîne la chute des titres qui les contiennent, puis la faillite des filiales bancaires spécialisées dans ces produits. Entre l’été 2007 et l’été 2008, la crise financière se propage dans le milieu financier : chute des bénéfices des banques, chute des cours de bourse, crise du crédit interbancaire, car les banques perdent la confiance réciproque nécessaire à leurs échanges.

La crise des subprimes a été l’étincelle qui a déclenché la crise financière, mais le terrain était propice à la propagation de l’incendie. Si ce n’avaient pas été les subprimes, une autre étincelle aurait probablement eu les mêmes conséquences.

A partir de la mi 2008, on note les premières répercussions dans l’économie réelle, en dehors du système financier. Des banques, même éloignées des activités à risque, sont touchées, puis des institutions très liées aux crédits immobiliers connaissent de grosses difficultés (Freddy Mac, Fanny Mae, AIG…). Le processus s’étend en Europe. A la mi-septembre 2008, Lehman Brothers se déclare en faillite et l’Etat américain, qui avait secouru les autres banques, n’intervient pas : c’est la panique financière. On réalise que, désormais, la plupart des établissements bancaires, sont menacés.

On assiste alors au développement de la crise bancaire, de la crise boursière et au blocage du crédit interbancaire. Les Etats décident d’intervenir. Aux Etats-Unis, après plusieurs semaines de débat (certains libéraux ne comprenant pas pourquoi l’Etat doit intervenir), le plan Paulson tente de renflouer l’ensemble des secteurs bancaire et financier. A partir du mois d’octobre, les Etats interviennent massivement.

Le passage à la crise économique.

Ce passage s’explique en partie par certains facteurs :

-  les banques limitent les crédits, ce qui conduit à diminuer la demande pour tous les secteurs où les achats se font à crédit : immobilier, voitures, gros biens de consommation…

-  l’effondrement des cours et de la valeur du patrimoine appauvrit les actionnaires et les propriétaires, qui injectent moins de ressources dans le circuit économique,

-  l’ambiance générale est morose, et les anticipations pessimistes freinent les achats.

La chute se produit au quatrième trimestre 2008. On parle alors de « croissance négative ».

Mais des mécanismes moins directs et liés à la financiarisation excessive de l’économie ont joué un rôle essentiel. Il y a un an, l’envolée des prix du pétrole, de l’énergie, des denrées alimentaires (blé, riz…) était expliquée dans les médias par la demande croissante de la Chine et de l’Inde, et par la proximité du « pic de production » du pétrole. Mais les données objectives ne justifient pas l’amplitude des hausses observées, qui ne peut s’expliquer que par le jeu de la spéculation à la hausse.

Cette envolée des prix a eu des effets directs et pervers : crise alimentaire dans les pays du Sud, baisse du pouvoir d’achat dans les pays développés, dès lors que la modération salariale était imposée (jugée nécessaire dans le cadre de la compétition économique internationale). Le retournement a été observé au début de l’été 2008, les opérateurs des marchés ayant alors anticipé la chute de la demande qui allait se produire. Dès lors que l’on passe d’une hausse continue à une logique de baisse, le système ne peut que s’emballer. C’est le début de la panique…

Ceux qui n’ont pas su anticiper n’ont pas d’autre ressource que de vendre à la baisse, accélérant encore la baisse, ou d’attendre, et leur patrimoine se réduit.

Quelles conclusions en tirer ?

La crise est bien, avant toute, chose, celle d’un monde où la finance est totalement dérégulée, sans aucun respect d’exigences de prudence (subprimes, titrisation). Son origine remonte donc à la fin des années 70 et au début des années 80, avec une volonté de supprimer tous les contrôles pour « favoriser les échanges économiques », et le développement des paradis fiscaux qui permet encore plus d’échapper aux règles.

L’hégémonie de la finance sur le monde économique s’accompagne d’une extrême mobilité des capitaux qui modifie les rapports entre actionnaires, dirigeants d’entreprise et salariés, et restreint la part du travail dans la valeur ajoutée. La pression est maintenue sur les salariés, au nom de la « mondialisation » (ce qu’ont vécu au niveau microéconomique les salariés de Solectron s’inscrit bien dans cette logique !).

Pour maintenir la consommation, alors que les salaires stagnaient, il fallait faciliter le recours au crédit et l’endettement, comme l’ont fait l’Irlande, les Etats-Unis, l’Espagne, la Grande-Bretagne. Ces pays, il y a peu cités en exemple, sont aujourd’hui les plus durement touchés par la crise.

Devant la crise, les repères sont bousculés :

- même les plus libéraux prônent aujourd’hui l’intervention de l’Etat (soutien, recapitalisation, nationalisations !). Keynes est à nouveau pris comme référence alors que l’on osait à peine le citer il y a un ou deux ans !

- l’endettement public était une phobie (souvenez-vous des critères de Maastricht), et le déficit devient normal.

pour revenir à l’ensemble des débats de cette soirée sur la crise