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Ensemble : 20 mois d’expression politique de la droite

Analyse et commentaires d’un sympathisant socialiste
mis en ligne le : mardi 30 novembre 2004.

La loi « démocratie de proximité » du 27 février 2002 a contraint la majorité municipale à ouvrir un espace d’expression politique dans le journal municipal Ensemble. Elle s’y est résignée à partir du numéro 197 de décembre 2002.

Un lecteur attentif d’Ensemble, sympathisant du PS sans en être adhérent, nous a proposé une analyse détaillée des articles publiés sous le vocable « élus de la majorité » du n°197 au n° 210 de septembre 2004, soit l’équivalent d’un demi-mandat municipal permettant d’étudier leurs discours. Les nombres entre parenthèses renvoient au(x) numéro(s) d’Ensemble d’où sont extraites les citations en italique.

Cette étude du discours majoritaire ne prétend pas être exhaustive. Elle a pour seule ambition d’alimenter le débat démocratique.

Revenons d’abord sur la polémique née de l’espace attribué aux élus de l’opposition.

La répartition selon M. Canivenc

Les premiers numéros concernés d’Ensemble (du n° 197 au n° 205) adoptent une répartition de l’espace d’expression pour le moins curieuse, suivant une règle définie unilatéralement (six septièmes de l’espace pour les élus de la majorité et un septième pour ceux de l’opposition), en vertu d’un artifice dont M.Canivenc a le secret...

(accès au texte détaillé)

Changement de régime et changement de look

A partir du numéro 206, un nouveau maire, élu par ses pairs à la suite de la démission de M. Canivenc, et non par les citoyens de Gradignan (il n’était même pas le premier adjoint) profitant d’un changement de format, octroie en grand seigneur un espace partagé de manière égalitaire .

Geste sibyllin pour fêter son intronisation ou constat que la majorité n’a plus grand chose à dire, ayant par ailleurs tout le journal pour distiller sa prose ? La lecture de l’éditorial de M. Labardin nous apporte une première réponse : « la majorité municipale défendra ses choix avec vigueur... et rétablira la vérité chaque fois qu’il sera nécessaire ». Assumer ses choix est la moindre des choses. Quant à la vérité qui serait l’apanage de la majorité, permettez qu’on reste dubitatif.

Le changement de look du journal permet au nouveau maire répondre à l’opposition, qui n’a pour s’exprimer qu’une demi page. La majorité dispose des 16 à 20 pages restantes avec un éditorial, un dossier central thématique argumenté et de très nombreuses « brèves » soigneusement sélectionnées.

La prise de parole dans la majorité de droite

L’étude de la signature des articles publiés sous le label « groupe des élus de la majorité » est révélatrice du fonctionnement clanique de la majorité municipale .

En effet, si 10 des15 articles sont signés de ce sigle, 5 portent la signature du Maire ou de sa garde rapprochée (7 adjoints). Cela n’est pas sans rappeler les séances du Conseil Municipal où seuls ces mêmes élus prennent la parole devant un parterre de conseiller(e)s étrangement muet(te)s et attendant de voter comme convenu.

Il faut aussi savoir qu’à Gradignan, la minorité est tenue d’envoyer sa contribution à Ensemble bien avant la parution, ce qui laisse à la majorité tout le loisir de réfléchir et de rédiger une éventuelle réponse . Vous avez dit « égalité » ?

Quand au fond des articles deux grandes tendances se détachent :

- les contributions de la minorité municipale sont dénigrées, ses 7 élus sont la cible d’attaques permanentes,
- et, paradoxalement, ces mêmes contributions obligent la majorité municipale à changer son approche de gouvernance dans la mesure où elle a été contrainte et forcée, sans l’avouer, de reprendre à son compte méthodes et idées avancées par cette opposition pourtant si décriée.

On dénigre systématiquement les contributions de la minorité municipale

Face à « la sérénité de la majorité » (198) l’opposition se contenterait de « faire son marché » en ne suivant pas le Maire parcourant les allées du deuxième Forum des associations (204), de vouloir donner des leçons (« d’autres sont très bons dans ce domaine » [celui de la désinformation politicienne n.d.a.] - 209), de tenir « des propos bas et excessifs » (206), « d’avoir une attitude d’obstruction politicienne » (206) lors des votes de budgets, de projets d’équipements, de cultiver « la démagogie ».... [...] La « démocratie locale n’est pas un vain mot : elle présuppose une expression libre et un accès à l’information et une parole d’élus fiable et sincère » (199). On croît rêver ! Il n’y a qu’à se reporter aux différents compte-rendus des conseils municipaux pour prendre conscience du caractère manipulateur d’un tel discours : dans la pratique municipale, les élus d’opposition n’ont pas accès à tous les documents ou se les voient distribuer au dernier moment et souvent de manière tronquée.

Quand elle n’est pas jugée « négligeable », la parole de l’opposition est rabaissée (203, compte administratif : « l’opposition n’y comprend rien » !), vilipendée : la minorité par ses propositions démesurées, comme l’idée d’une piscine à Gradignan, est accusée de « vouloir creuser le trou » (203) d’un budget par ailleurs épinglé par la Cour régionale des Comptes sans qu’elle n’y soit pour quelque chose... [...] L’opposition est jugée « responsable de la dégradation du climat politique » (209), mais le summum de l’incohérence est atteint avec les attaques répétées contre les élus, nommément visés. C’est ainsi que la Conseillère générale du canton « ne se sent pas concernée par les projets de la ville » (197) et ne veut pas apporter son aide à notre collectivité (elle est donc responsable des charges qui alourdissent les impôts de nos chers contribuables). [...]

Anne-Marie Keiser n’a que des propositions irréalistes : elle veut supprimer la ligne G-Ornon (197), n’a rien compris au P.L.U. (199), tout comme ses colistiers, nie le problème des riverains de la Poterie alors que l’ouverture de la voie est l’oeuvre de notre ancien maire en parfait accord avec l’ancien maire de Canéjan)... elle est donc « une professionnelle de la politique incorrigible »... [...]

accès au texte détaillé

Concertation et indépendance... de la théorie à la pratique

Grâce à une présence active sur tous les fronts l’opposition a poussé la majorité municipale à modifier son mode de gouvernance. La majorité a été amenée à mettre en place une concertation. Le journal Sud-Ouest du 6 mai 2003 interviewant M.Labardin récemment élu reprend ses propos : « vers une concertation accrue ». Forums, débats thématiques, pauses-quartiers se sont ainsi multipliés... grâce à des moyens importants alliant invitations personnelles distribuées dans les boîtes aux lettres et cocktails généreusement offertes. Il s’agit malheureusement plus de communication que de concertation... [...] accès au texte détaillé

Pour, contre ou abstention... le vote de l’opposition est toujours critiqué

La majorité se satisferait d’une gestion communale paternaliste, faite d’embonpoint et de rondeur, de familiarité et de rencontres où il serait de bon ton de taire ses différences dans une cogestion digne d’une autre époque (199) : « la majorité municipale entend faire vivre le débat local de manière directe et dynamique ». Mais, parfois, l’opposition s’abstient ou même s’oppose ( !) : « son comportement est contradictoire car elle ne manque pas de déclarer son soutien aux associations » lit-on à propos de l’abstention lors du vote du budget. Manipulation, intox , provocation... Est-ce vraiment trop compliqué pour M. le Maire de comprendre que la remise en cause de certaines orientations générales d’une politique ne signifie en rien une hostilité aux associations ?

Quand l’opposition vote à l’unisson, la majorité la soupçonne d’arrières-pensées... [...] accès au texte détaillé

En conclusion

On pourrait également disserter sur l’apolitisme de nos deux maires. C’est une antienne bien connue qui ne résiste pas à l’épreuve des faits. Par exemple toutes les décisions prises par M. Juppé et sa majorité ont été approuvées voire applaudies par les représentants gradignanais à la C.U.B. On appréciera les retombées de leurs engagements pour notre commune.

Le changement de maire s’est accompagné d’une rénovation de façade. Mais aussi d’un discours plus musclé, d’une reprise en main plus sournoise, plus globale, plus décidée. On tolère l’opposition parce qu’on ne peut pas faire autrement. On lui accorde un espace d’expression apparemment égalitaire pour mieux contrôler les informations distillées par Ensemble, pour mieux laisser l’apparence de démocratie locale. L’autoritarisme transpire partout, des propos aux insinuations, des actes aux menaces. Hélas c’est bien dans l’air du temps, mais que cela ne nous abatte pas...