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Faire du social et de l’environnement de réelles priorités

Débat d’orientation budgétaire, 28 septembre 2011.
mis en ligne le : samedi 3 décembre 2011.

Je soulignerai d’abord un absent de ce DOB : le tramway. En 2007, vous le promettiez pour demain. Vous le citiez dans le DOB en mars 2010. Vous persistiez dans le DOB en février 2011. Aujourd’hui, vous entretenez l’espoir avec une « étude de réalisation » d’une desserte TCSP Gradignan – Talence campus – CHU Pellegrin. Sans doute n’est ce qu’un détail mais les mots employés sont erronés.

Le SDODM voté en conseil communautaire à l’unanimité le 9 avril 2011 acte le principe d’une « grande étude de faisabilité ». Si l’on y parle de «  transports collectifs », le mot de tramway n’est pas utilisé. Précisons encore que l’horizon d’action est 2030… Dans 19 ans. Rappelons enfin que nous avons tous participé à une même réunion publique au Solarium, le 20 mai 2009, intitulée « Etude de définition de dessertes de TCSP – Liaison CHU Pellegrin – Talence – Beausoleil ». Si nous avons bien compris, d’autres bureaux d’études vont être payés pour refaire ces études. Nous avons l’impression que le tram recule plus qu’il n’avance. Sans doute est-ce le temps de la décision publique. Nous savons qu’il est long. Nous vous soutiendrons sur ce dossier, mais nous craignons que vous ne soyez pas en mesure de tenir vos promesses.

Comme vous l’avez souligné les années précédentes, le DOB est l’occasion de prendre de la hauteur, d’énoncer une vision de la politique de la ville et de la traduire en actions concrètes pour Gradignan. Sommes-nous capables, élus d’opposition, d’avoir un tel recul ? J’avoue que votre dernier édito dans Ensemble place la barre très haut. On croit y lire une analyse de la situation géostratégique internationale, de la crise mondiale, dont la sagacité tiendrait peut-être de votre fréquentation avec l’un des sauveurs de la Libye… Mais non, il suffit de lire le paragraphe suivant pour vous voir retomber au niveau des mortels : c’est l’opposition que vous dénoncez. Elle divise, se replie, est égoïste, calomnie, détruit et trompe par de faux discours…

Qu’ajouter ? Comment intervenir aujourd’hui sachant que nos propos seront déformés et nos intentions passées au crible de la psychanalyse ?

D’après vous, les marges de manœuvres sont faibles, et imposées par des contraintes extérieures. Vous nous tenez ce discours chaque année. Sur le fond, on pourrait vous suivre, à deux nuances près :

- si la commune n’a pas su dégager, au fil des années, une marge de manœuvre comparable à celle d’autres collectivités, c’est bien votre responsabilité, pas celle de l’opposition,

- les contraintes existent, et nous les dénonçons depuis des années. Nous vous avions d’ailleurs soumis naguère une motion pour témoigner des préoccupations de la commune face à une politique de l’Etat qui consiste à faire exploser les déficits, accroître les inégalités et se décharger sur les collectivités sans leur en donner les moyens. « Le conseil municipal de Gradignan, réuni le 30 mars 2009 […] s’inquiète des incertitudes pesant sur les dotations de l’Etat […] Il souligne, qu’avec des moyens diminués, la commune aura, dans les temps qui viennent, davantage de difficultés à répondre à l’urgence sociale visant à protéger les personnes les plus fragiles ». Vous aviez alors jugé que ces questions dépassaient le cadre du Conseil et refusé de soumettre la motion au vote. Nous avions hélas raison, nos craintes étaient fondées. Elles structurent aujourd’hui le débat municipal et les actions de demain.

Vous nous annoncez en outre un « recours limité à l’évolution fiscale », ce qui est probablement la traduction en langue de bois d’une hausse des taux. Mais nous y reviendrons en temps utile. Alors, essayons de prendre de la hauteur. Où sont les urgences ? Comment la commune peut-elle y répondre ? Avec quels moyens ? Sans doute faut-il continuer à restaurer des façades et aménager des rond-point. Oui, c’est bien. Il faut préserver les espaces végétales anciennes. C’est très bien. Rénover les écoles. Parfait. Rattraper le retard en matière de logement social. Nous y souscrivons.

Mais énonçons clairement les priorités. Et faisons des choix ambitieux. Selon nous, la situation qu’elle soit locale ou à plus large échelle impose deux priorités : le social et l’environnement.

La ville réagit comme elle peut. Dix nouvelles parcelles pour les jardins familiaux, c’est bien. La mise en place d’une épicerie solidaire, annoncée l’an dernier. Nous soutenons la démarche. Quels sont les enjeux ? Environ un millier de chômeurs sur la commune et près de 40 % de foyers non imposables. C’est vers eux que la commune peut envoyer un signal fort. Lors d’un Conseil récent, j’avais analysé la pyramide des tarifs municipaux et souligné que leur dégressivité n’était pas assez marquée et que les tarifs les plus bas ne concernaient quasiment personne. On peut la repenser, tout en préservant l’ensemble des recettes. Ma proposition avait été ignorée avec dédain. Elle semble avoir fait son chemin depuis puisque l’EPAJG a fait un pas en ce sens en augmentant le nombre de tranches de Quotient Familial, de manière à ce que les foyers les plus modestes voient les tarifs baisser. C’est une bonne chose. Puisque nous voterons prochainement les tarifs des services municipaux, nous vous proposons, M. le Maire de repenser leur progressivité, de manière à apporter, à notre modeste échelle locale, une réponse à cette urgence sociale.

Quant à l’environnement, la ville a engagé une démarche Agenda 21 que nous appelions de nos vœux et que nous soutenons. Là encore, les enjeux dépassent la commune, et la commune ne peut pas tout. Mais elle peut agir à son échelle et donner l’exemple. Il ne faudrait pas que l’Agenda 21 reste un gadget, dans lequel on recyclerait simplement l’existant. Cette année, nous commencerons à entrer « dans le dur », avec une feuille de route et, nous l’espérons, les premières initiatives. Certains ici se sont émus : mais cela va coûter, avons-nous entendu. Aujourd’hui vous nous parlez d’ « arbitrages » et d’actions « dans des conditions acceptables » (financièrement faut-il entendre sans doute). Mais, si nous avons tous bien compris les fondements du DD, il s’agit d’agir aujourd’hui pour aujourd’hui et pour demain. D’investir aujourd’hui pour gagner demain, y compris financièrement. Nous avons voté en avril pour que le DPE soit conduit sur la commune. Les dépenses de mise à niveau du patrimoine communal en termes de consommation d’énergie seront élevées. Il faudra faire des choix. Nous pensons qu’ils devraient structurer votre vision du projet municipal. Ils conditionneront les marges de manœuvre de demain et d’après demain. Au lieu d’afficher des arbitrages, vous auriez pu prendre de la hauteur, et nous expliquer comment, dans une bonne logique DD, notre Agenda 21 allait structure notre vision de la commune. Nous craignons que la conviction de quelques élus, fussent-ils majoritaires, ne suffisent pas à emporter votre conviction sur le sujet. Espérons que la commune n’aura pas à le regretter demain.

Pour conclure, et avant que vous ne déformiez mes propos ou ma pensée, je soulignerai que j’ai manifesté à neuf reprises notre accord avec vos choix. Cela ne nous empêche pas de manifester nos différences.

Je demande l’inscription de cette déclaration au registre des délibérations.

Denys Breysse

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