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Le CPE apporte une souplesse réclamée par les entreprises qui demandent toujours plus de flexibilité. Après le CNE (contrat nouvelle embauche ), puis le CDE (contrat dernière embauche )... voici le CPE : deux ans de période d’essai, dite « de consolidation » (comme si un chef d’entreprise ne pouvait pas évaluer plus rapidement les compétences d’un jeune et la possibilité de licencier sans préciser de motif, ce qui constitue un net recul du droit du travail ! Dans le cadre d’un licenciement abusif avec un CDD, on peut avoir recours à la loi. Ce sera plus difficile avec le CNE.
Tout ceci serait justifié par un taux de chômage toujours plus important chez les jeunes. Mieux vaudrait cependant des dispositifs particuliers en faveur des moins qualifiés, qui ont les plus grandes difficultés à s’insérer sur le marché du travail.
Outre la situation peu enviable des jeunes restant dans l’incertitude pendant deux ans, la dégradation des conditions de travail peut contribuer à créer un problème de productivité et de débouchés pour les entreprises. On oublie trop souvent en effet que l’être humain a besoin de considération, qu’un salarié bien traité peut être plus productif, plus efficace. Si elles souhaitent écouler leur production et faire des profits, les entreprises ont aussi intérêt à se rappeler que les salariés sont aussi des consommateurs.
A la suite de cette présentation, un débat s’engage, dont voici les grandes lignes :
deux chercheurs du CNRS ont montré que l’impact du CPE se résumerait en gros à 70 000 emplois seulement,
la présidente du MEDEF a déclaré : « le code du travail restreint la liberté » ... pour qui ? les salariés ou les employeurs ?
il est à craindre que le nouveau contrat affaiblisse encore les forces syndicales et qu’il y ait moins de contre-pouvoir au sein de l’entreprise, les employés précaires craignant de mécontenter les patrons,
la précarité ne cesse de s’étendre avec les CAE (contrats d’aide à l’embauche) pour les femmes de plus de 45 ans. Ce sont des contrats avec peu d’heures de travail et donc un tout petit salaire,
on parle toujours du secteur privé à propos de la précarité, mais n’oublions pas qu’elle existe aussi dans le secteur public : de nombreux emplois y existent avec des contrats inférieurs à 200 heures. L’Etat ne devrait pas donner le mauvais exemple,
pour les PME, le code du travail est souvent trop complexe, il serait bon de le simplifier et de l’actualiser. Il faut le faire en concertation avec les syndicats, sans que ces modifications ne conduisent à la réduction des droits des salariés,
on pourrait s’inspirer ce qu’ont fait les sociaux démocrates dans l’Europe du nord . Ils ont relancé les emplois avec une flexibilité, mais en y mettant deux conditions : indemnisation à 90% pendant 4 ans et contrôle accru des chômeurs. La « flexsécurité » est peut-être une piste à creuser, mais pas la « flexprécarité »,
le CPE institue une zone de non-droit . On balaie 30 ans d’acquis pour les salariés. Les CPE risquent d’accentuer le recul des CDI,
le Parti Socialiste propose que les allégements de charges patronales soient plutôt consacrés aux contrats à durée indéterminés. Il propose aussi un ensemble de mesures destinées à renforcer le rôle et la représentativité des syndicats,
les CDD et l’intérim introduisent déjà beaucoup de flexibilité dans les entreprises et n’empêchent pas certains d’être embauchés durablement à l’issue du CDD (le CDD débouche sur un CDI dans 25à 30 % des cas). Le CPE n’apporte rien,
les jeunes titulaires d’un CPE auront de grandes difficultés d’insertion et d’accès au logement ou au crédit.
Marie-Antoinette Poirson