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La section du PS de Gradignan débat du Projet de loi de Nicolas Sarkozy sur l’immigration

9 mai 2006 - débat en section
mis en ligne le : dimanche 28 mai 2006.

En abordant la question de l’immigration, Sarkozy fait les yeux doux aux électeurs du FN, et essaie d’imposer ce thème comme un sujet central des prochaines campagnes électorales. Le Parti Socialiste ne doit pas laisser la droite instrumentaliser cette question, qui mérite un traitement de fond, et non une politique d’annonces sans efficacité.

Le PS doit aussi veiller à faire prendre conscience aux électeurs tentés par les discours extrémistes que confondre immigration, délinquance et chômage, est une erreur. La solution aux problèmes des chômeurs, ce n’est pas la fermeture des frontières, c’est l’amélioration de la situation de l’emploi et la relance économique !

Un bref exposé des grandes lignes du projet de loi Sarkozy explique pourquoi tant d’associations, d’acteurs du mouvement social, et les églises unanimes dénoncent ce projet :

  la mesure phare de « l’immigration choisie » peut conduire à priver les pays du Sud de leurs citoyens les plus éduqués,

  le durcissement du droit du séjour (allongement des délais, non automaticité de la délivrance de la carte de séjour après 10 ans, restrictions supplémentaires au regroupement familial...) contribueront à rendre encore plus difficile les conditions de vie des immigrés légaux, voire à les faire basculer dans l’illégalité (une adhérente témoigne de son impossibilité, depuis 15 ans, à faire venir chez elle pour quelques semaines sa mère marocaine très âgée, le consulat de France à Casablanca n’acceptant pas de lui délivrer le nécessaire visa),

  le renforcement des mesures d’éloignement et d’expulsion est un exercice vain, qui revient à vider un tonneau avec une écumoire, quand on sait pour quelles raisons il y a tant de candidats à l’émigration.

Le débat entre les militants permet d’évoquer quelques questions clés :

  la présence d’immigrés en France (environ 4,3 millions d’étrangers en situation régulière) n’est pas un problème. Ce qui pose problème, c’est le manque d’emploi et le fait que les personnes en difficulté, souvent peu qualifiées, perçoivent les étrangers, souvent peu qualifiés eux aussi, comme étant la raison de leurs difficultés. La solution passe donc par la relance économique et l’amélioration de la situation de tous,

  la pression démographique dans les pays du sud de la Méditerranée et d’Afrique francophone, et les énormes difficultés économiques de ces pays font que l’Europe - et la France - font figure d’Eldorado. Durcir les lois n’y changera rien : il y aura toujours de nombreux candidats au départ. La seule solution passe par un effort important des gouvernements des pays riches (et de la France !) pour améliorer la situation en Afrique. Certains parlent d’un « Plan Marshall pour l’Afrique ». L’aide au développement doit ainsi devenir une priorité. Si nous ne le faisons pas pour les africains, faisons-le pour nous !

  la confusion entre immigration et insécurité est très mal vécue par la plupart des étrangers, qui sont bien intégrés - le droit de vote des immigrés non européens aux élections locales que prônent l’ensemble des partis de gauche, permettra de renforcer cette intégration,

  quelques suggestions encore : améliorer la qualité des centres de rétention et l’humanité des reconduites à la frontière, lutter pour un meilleur équilibre des conditions sociales entre les pays (même l’ingénierie, soumise, elle aussi, à la concurrence de la sous-traitance auprès de pays à bas coût social, devient un secteur où l’immigration commence à être perçue comme facteur d’insécurité sociale !), procéder à une régularisation mesurée d’une partie des sans-papiers.

En résumé un débat riche. La question de l’immigration ne mérite pas d’être traitée de manière simpliste. Elle doit aussi être au centre de nombreuses propositions ambitieuses du projet socialiste. Soyons à la hauteur du défi.