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La matinée de ce samedi semble mal choisie pour rencontrer les gradignanais : des coups de sonnette sans réponse, beaucoup de personnes en robe de chambre, d’autres partant pour le marché... Mais les contacts, même brefs, n’empêchent pas d’évoquer les problèmes du quartier.
Résidence LE BRANDIER :
Les entrées semblent avoir été refaites récemment, mais elles sont peu accueillantes, quelques papiers traînent, bouteille de coca au sol, poubelle qui déborde. Nombreux coups de sonnette sans réponse.
Un appartement du quatrième étage : son locataire nous ouvre et nous reçoit. Un homme jeune, en instance de déménagement . Il évoque le problème des parloirs sauvages, du bruit que font les prisonniers quand ils tapent aux barreaux... Eux déménagent pour une maison à Talence. Ils auraient aimé rester à Gradignan, mais n’ont pas trouvé : peu d’offres et de toute façon bien trop chères . Il est sympathisant socialiste et nous informe que le maire, Monsieur Labardin, s’occupe du syndic du centre commercial Saint-Géry et a mécontenté les commerçants pour des histoires de panneaux publicitaires .
Face au peu de succès de nos coups de sonnette, nous choisissons de nous présenter aux locataires que nous trouvons à l’extérieur, sur le parking .
Une femme, Mme B. qui rentre avec son vélo accepte de parler. Au RMI, elle nous dit sa déception face "aux politiques", mais aussi sa reconnaissance " éternelle" à Philippe Madrelle (qui l’a aidée quand elle a eu des problèmes). Elle votera pour Jean-Paul aux prochaines élections municipales, car elle lui trouve beaucoup de charisme...
Nous abordons un groupe de jeunes gens près d’une voiture, la conversation s’engage, assez animée, nourrie de rancoeurs :
ils se plaignent de la tolérance "zéro" dans cette résidence qu’ils qualifient de "maison de retraite",
ils déplorent l’absence d’activités ou de propositions pour les jeunes à Gradignan, prétendent que la Maison des Jeunes ne correspond pas à ce qu’ils voudraient, que le soir il n’y a rien pour les jeunes,
ils veulent un petit abri extérieur dans la résidence, pour se retrouver ailleurs que dans les entrées quand il pleut,
ils sont déçus du peu de reconnaissance qu’on leur manifeste, après qu’ils aient fait eux-mêmes un terrain de pétanque pour les résidents. Ils n’ont rien en retour, même pas l’abri qu’ils réclament... Bien au contraire, les locataires n’hésitent pas à appeler la police dès qu’ils font un peu de bruit dans les entrées,
- les parloirs sauvages leur créent également des problèmes, car lorsque la police arrive pour faire sa ronde le soir, ou appelée en raison du bruit provoqué par les échanges "hurlés" entre les prisonniers et leurs interlocuteurs le long du grillage, ces derniers se réfugient dans les entrées de la résidence, se mêlent à eux et leur demandent protection.
Une femme ici depuis 12 ans , un fils de 19 ans (un de ceux avec qui nous venons de parler ?). Elle travaille au home Gabriel et évoque d’emblée le problème du peu de tolérance des locataires avec les jeunes et précise que ce sont les jeunes qui viennent d’ailleurs qui provoquent les nuisances... "qu’on leur fasse un abri ! où voulez-vous qu’ils aillent ? ". La situation semble particulièrement difficile car une pétition a circulé dans la résidence pour faire partir les familles des jeunes incriminés...
Résidence LA FLEURIERE :
Au troisième étage, un couple de retraités qui arrivent de Chambéry (à Villenave d’Ornon), et regrettent l’animation de leur ancien quartier : " ici il n’y a pas d’animation , c’est mort , personne ne parle à personne, chacun chez soi...". Madame aime chanter dans une chorale, mais la chorale à Gradignan c’est au château d’Ornon. C’est trop loin le soir pour y aller seule. La sapinette entre la résidence et Intermarché n’est pas entretenue du tout
Une voisine de 84 ans nous fait entrer. C’est une personne veuve, qui vit seule, avec des problèmes cardiaques et un dispositif sur sa table de chevet pour joindre les pompiers directement en cas de besoin, autonomie de déplacements limitée (déambulateur pour aller à l’extérieur ... Elle a d’ailleurs installé son lit dans son séjour pour ne pas avoir à faire le ménage dans une chambre. C’est une personne qui tient son intérieur très propre et souffre de ne plus être capable d’entretenir comme elle le voudrait du fait de ses problèmes de santé. Elle semble déprimée et ne comprend pas pourquoi elle ne peut bénéficier d’une aide à domicile. Nous lui expliquons que le gouvernement actuel a baissé les plafonds pour les aides aux personnes âgées.
Son mari et elle ont vécu les événements de 1936, ils étaient socialistes, son mari était militant, mais, maintenant, elle n’a même plus envie d’aller voter . Espérons que notre échange l’aura fait changer d’avis... Nous lui promettons de parler de sa situation à la conseillère générale. Elle serait bien allée la voir à sa permanence, mais c’est trop loin la mairie.
Bien que pressés ou à peine levés, ces gradignanais ont finalement beaucoup de choses à dire !
Marie-Antoinette POIRSON et Dorian ROUCHER