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Anne-Marie Keiser et Jean-Paul Jourdan s’accordent sur l’ordre des visites
A l’endroit où la rue de Chartrèze forme un étroit goulot, les piétons sont presque obligés de marcher sur la chaussée car il n’y a quasiment pas de trottoir. Sous nos yeux, une jeune femme qui pousse un landau n’a pas d’autre choix que de s’aventurer à son tour sur la chaussée. Ne pourrait-on pas traiter cette portion de la rue en « zone 30 » ?
Impasse du Courneau, on est plutôt mécontent de l’entretien de la chaussée. Boucher les trous de la rue ne suffit pas : « On paie les impôts comme les autres mais on est les oubliés » nous dit une dame. Dans le lotissement de l’avenue du Lac, le « Domaine de l’Etang », le son de cloche est un peu différent. Il faut dire que ce lotissement est calme ; mais les habitants en bordure de la rue de Chartrèze se plaignent du bruit, de la circulation qui augmente et de la vitesse des voitures. La rue sert en effet de délestage à une circulation de transit entre La House et Bersol. Pourquoi ne pas aménager un plateau au débouché de l’avenue du Lac ?
Rue de Beausoleil
La première habitante que nous rencontrons est installée ici depuis longtemps. Elle trouve le quartier - et Gradignan en général - très agréable à vivre. "On n’a pas beaucoup à se plaindre" confie-t-elle. Mais il y a beaucoup de circulation. L’axe relie Léognan à Pessac et un trafic de transit s’y est installé, en particulier la semaine aux heures de pointe.
En face, un homme âgé s’accorde une pause dans son travail pour nous répondre. Il critique le projet d’élargissement à 12 mètres de la rue : Anne-Marie lui affirme que le projet est enterré. De fait, certaines maisons ont déjà aligné leur terrain en prévision de cet élargissement. Résultat : les trottoirs sont en dents de scie, voire quasiment inexistants à certains endroits comme on nous le fait remarquer.
Un peu plus loin, un habitant âgé, né à Gradignan, nous confie sans préambule : "C’est de la folie, cette circulation !". Une fois encore, le projet d’élargissement revient dans la discussion et Anne-Marie rassure. A part cela, on regrette l’absence de petits commerces en dehors du centre et la hausse des prix de l’immobilier qui "empêche les jeunes de s’installer".
En face, un couple avec un jeune enfant nous ouvre et nous invite à entrer. "On apprécie la démarche" nous dit-on. Pour eux, c’est la vitesse des automobilistes qui pose problème. On discute alors des solutions possibles à apporter : chicanes, ralentisseurs, revêtements spéciaux... On évoque le problème de la petite enfance et les infrastructures scolaires de la commune. Après avoir refusé de prendre un verre - d’autres rencontres nous attendent - nous continuons.
Une femme énergique nous interpelle ; la circulation est "impossible" : vitesse, pollution, nuisances sonores,... Elle nous dit "préparer un courrier pour la Mairie". Elle attire notre attention sur le fait que les fils électriques et téléphoniques ne sont pas enterrés. Un peu plus loin, le même problème est abordé : la vitesse est dangereuse, surtout pour les enfants.
Rue de Chartrèze
Le premier habitant rencontré aménage le jardin de sa maison récemment construite. Il a bénéficié d’une parcelle partagée avec ses parents car, vu le prix des terrains à Gradignan, il confie qu’il n’aurait jamais pu s’installer ici sans ce coup de pouce.
La discussion avec le couple d’anciens que nous rencontrons ensuite sera longue. Ils sont installés ici depuis longtemps (en 1970, ils vivaient entourés de bois) et monsieur jouait aux cartes avec l’ancien Maire, M. Roumegoux. Même s’ils ont la nostalgie des chars de Carnaval, ils sont heureux de vivre à Gradignan et satisfaits des services sociaux fournis aux personnes âgées (ils ne savent pas toujours que le Conseil Général y contribue au moins autant que la Mairie, dont l’avantage est d’offrir le « guichet »).
Au fil de la discussion, les critiques et les regrets arrivent : la vitesse des voitures qu’il faudrait casser, les fils électriques et téléphoniques aériens qui font plus penser à Istanbul qu’à Gradignan. Les équipements municipaux sont encore critiqués : le Théâtre des 4 Saisons et son sous-emploi chronique, le manque d’installations sportives (tribunes du stade) et même la médiathèque, dont le dossier de financement parait incertain.
Un autre témoignage nous ramène vers un Gradignan plus ancien encore. Cet habitant de 89 ans, dont les sabots en bois trônent devant la porte, habite dans la maison où vivait jadis sa maman, lavandière sur l’Eau Bourde. Sa fille, dans la maison voisine, dénonce les problèmes de circulation : même traverser le centre ville pour aller à Lange n’est plus aussi simple et peut prendre 25 minutes aux heures de pointe.
Un habitant dont le fils est handicapé regrette que, si la vie à Gradignan n’est pas foncièrement difficile, elle ne soit pas forcément facilitée, du fait du manque de respect de certains. Ainsi, le stationnement sauvage sur les trottoirs est un réel problème, sur lequel il faudrait se pencher sérieusement : la dissuasion devrait remplacer l’information.
Les derniers habitants rencontrés sont trois jeunes adultes qui jardinent. Pour eux, le diagnostic tombe brutalement : Gradignan est une ville de vieux, où les jeunes ne sont pas bienvenus. Ils citent l’exemple d’une salle qu’ils louaient pour des soirées jusqu’à ce que la mairie, sur l’intervention de voisins, demande qu’elle ne leur soit plus louée. Ils regrettent le manque de tolérance envers leurs activités. Comment et où faire des percussions sans gêner le voisinage ?
Ils dénoncent posément le manque de lieux de rencontres pour les jeunes, qui n’ont pas forcément envie de se retrouver dans le cadre des M.J.C. A défaut d’être accueillis à Gradignan, ils vont à Canéjan, où des locaux sont ouverts au Centre Simone Signoret. Et si la Ville choisissait d’ouvrir certains de ses locaux ? Et si l’accès aux spectacles et aux manifestations leur était facilité par une carte d’accès à prix réduit ?
En résumé :
Pour la grande majorité des habitants, le quartier est agréable à vivre. On y apprécie le cadre de vie, mais les nuisances liées à la circulation deviennent préoccupantes. Les suggestions d’améliorations ne manquent pas non plus (esthétique douteuse des fils aériens, améliorations pour les piétons et les personnes à mobilité réduite...).
Et prendre en compte les demandes qu’expriment les plus jeunes devrait être possible. Encore faut-il les entendre.
Jean-Paul Jourdan, Dorian Roucher et Denys Breysse