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Vu et entendu au Conseil Municipal du 9 mars 2009

mis en ligne le : mardi 24 mars 2009.

Le Débat d’Orientation Budgétaire pour l’année 2009 est au cœur de cette séance du conseil municipal. Monsieur le Maire, dans un exposé liminaire, annonce un budget de rigueur. Michel Labardin justifie sa prudence en évoquant les incertitudes sur les dotations de l’Etat dans les années à venir et le contexte de crise économique défavorable aux collectivités territoriales (en clair, la commune) et aux ménages.

Vient ensuite le débat à proprement parler. Des mains se lèvent pour inscription au tour de parole. Surprise : dans les rangs de la Majorité, traditionnellement silencieux, on se bouscule un peu pour parler. C’est inédit.

C’est cependant Pierre Auzereau (PCF) qui parle le premier. Il évoque le désengagement de l’Etat, et notamment la réforme à venir (2010) de la Dotation de Solidarité Urbaine (DSU) dont notre commune risque d’être privée. Par quoi sera-t-elle remplacée ? Nul ne le sait. Du fait des dotations insuffisantes, les charges seront transférées sur les familles. Côté Majorité, Eric Floret fait une brève mise au point sur l’engagement communal en matière de développement durable et d’élaboration d’un Agenda 21 local.

Jean-Paul Jourdan (PS) lit une déclaration en réponse au propos du Maire. Il souligne que le désengagement de l’Etat n’est pas pour l’avenir : il a déjà commencé. L’Etat rogne sur le remboursement de la TVA à la commune et il diminue la dotation de compensation de la taxe professionnelle qu’il lui verse. Le conseil municipal ne pourrait-il pas s’exprimer solennellement face à ce désengagement en adoptant une motion de protestation ? Cette proposition ne rencontre aucun écho chez Michel Labardin qui feint de n’avoir rien entendu.

Jean-Paul Jourdan note que le choix de la rigueur budgétaire fait par la commune pour 2009 s’explique sans doute en partie par le contexte économique et financier général et par le désengagement de l’Etat, mais que la situation des finances de la commune n’arrange rien. Michel Labardin s’est bien gardé d’évoquer dans son propos l’état dégradé des finances communales. Pourtant, le rapport de la Chambre Régionale des comptes d’octobre 2007 est sans équivoque : endettement record et gonflement des dépenses de fonctionnement grèvent les finances de la commune. La commune n’a donc pas de marge de manœuvre. Elle ne peut que s’engager dans la voie d’une maîtrise de ses dépenses et dans celle du désendettement. Mais pour maintenir à niveau le service rendu aux habitants, elle n’aura d’autre choix que d’augmenter la fiscalité locale. Le paradoxe est que tandis qu’il parle de rigueur, Michel Labardin annonce une augmentation des dépenses de fonctionnement de 4,90% en 2009 (nous avions « environ 4 % » dans le document qui nous avait été remis, et le chiffre de 5,5 % a été ensuite cité par l’adjoint aux finances).

Cette intervention de JP Jourdan, qui n’est à vrai dire que commentaire, suscite de vives réactions dans les rangs de la Majorité. Passons sur les propos de Michèle Chavigner qui explique que, comme conseillère représentant Gradignan au sein du groupe UMP à la CUB, elle est assidue aux séances du conseil communautaire (c’est le moins que l’on peut attendre d’elle). Isabelle Jardry (Majorité Labardin) dénonce de son côté « l’opposition systémique » (sic) de la minorité municipale. A-t-elle vraiment écouté ce qui se disait ? On est surpris, en effet, par tant de vivacité. Il faut dire que l’adjointe au Maire se cantonne à lire un texte préparé à l’avance : sans doute imaginait-elle un autre discours de notre part. Du coup, les propos d’Isabelle Jardry sont excessifs et tombent à plat. Prise à contre-pied par un propos nuancé, elle n’a pas su s’adapter. Voilà ce que c’est que de ficeler à l’avance des débats. Michel Labardin semble se rendre compte de l’erreur. On le voit sourire jaune devant le ridicule de la situation.

Mais le comble du ridicule, précisément, est atteint avec l’intervention d’Alain Bertin, adjoint lui aussi. Il dénonce « une minorité sans ambition, sans stratégie, sans leader ». Il ajoute « ses idées sont celles du passé ; ce sont des idées mortes ». On restera charitable en rendant compte des propos de l’adjoint à la sécurité sans entrer plus dans le détail. Un discours consternant, le ton et le fond de son intervention faisant peine à entendre ; il fallut se pincer pour ne pas éclater de rire. Dommage qu’il n’ait pas demandé l’inscription de son discours au procès-verbal : les lecteurs d’une telle prose, aujourd’hui comme demain, auraient été édifiés.

Anne Banvillet (apparentée PS) pose au Maire une batterie de questions précises sur le logement social, oublié par M. Labardin dans sa déclaration. Son intervention a le don d’irriter ce dernier qui ne souhaite pas que l’on évoque les vérités qui fâchent comme l’amende récente infligée à la commune (70 000 € de plus) pour n’avoir pas rempli ses obligations en matière de construction de logements sociaux ces trois dernières années. Il qualifie Anne Banvillet de « donneur de leçons ». « Vous ne manquez pas d’air ! » lui dit-il avec le sens du respect qu’on lui connaît. Mais, Monsieur le Maire, ce n’est pas l’air qui manque à Gradignan ; non, ce sont les logements sociaux.

A la faveur de sa réponse, on apprend quelle conception Michel Labardin a de la mixité sociale en matière d’habitat : tout le logement conventionné à Favard, rien dans le Sud de la commune. Et quand on lui explique qu’il existe un outil en matière d’urbanisme pour corriger ce déséquilibre (cet outil s’appelle le Plan Local d’Urbanisme dont il est un artiste), il préfère piquer le nez dans ses papiers et feint, encore une fois, de n’avoir rien entendu…

Ainsi est allé le Débat d’Orientation Budgétaire. Quand, à la fin JP Jourdan a voulu de nouveau intervenir, il n’a pas eu droit à la parole quoiqu’ayant levé le bras sans discontinuer pendant près de dix minutes. «  On s’est tout dit  » lui a opposé Michel Labardin. Le journal Sud-Ouest a rapporté l’incident qui en dit long sur l’aptitude au dialogue du premier élu de la Ville.

Les autres délibérations abordées lors de ce conseil étaient de nature technique.

La première avait trait à l’opération de thermographie infrarouge menée cet hiver sur la CUB. Elle permet de repérer les locaux mal isolés et pour lesquels des améliorations permettraient une amélioration des performances et une réduction de la facture de chauffage. Cette initiative est à saluer. Denys Breysse s’interroge sur les suites qui lui seront données à Gradignan, et sur la manière dont la commune envisage de la relayer, en accompagnant les propriétaires désireux d’entreprendre les travaux nécessaires. Michel Labardin se contente de botter en touche : « je ne peux pas répondre en temps réel », concède t-il. Il renvoie à la CUB. Voilà une logique qui s’éloigne manifestement du « développement durable », dont les dimensions environnementales (consommation d’énergie et dégagement de CO2), économique (facture énergétique) et sociale (accompagnement des personnes en difficulté) sont pourtant indissociables.

L’autre délibération qui a donné lieu à débat avait trait au GIE Atlantica, pour une installation classée dont l’extension, dans le secteur de Bersol, fait l’objet d’une enquête publique. La commune doit donner son avis sur cette extension. Brigitte Villenave, adjointe à l’environnement et au développement durable, intervient. Elle se contente de résumer le résumé fourni par le bureau d’études chargé de l’expertise. Denys Breysse (PS), qui a consulté le dossier consultable en mairie, fait valoir qu’il comporte des éléments qui interpellent, comme une étude de dangers qui laisse des questions en suspens et, pour l’installation existante, une pollution avérée des sols aux hydrocarbures. Le bureau d’études souligne le besoin d’une reconnaissance des sols plus approfondie et le risque de contamination de la nappe superficielle. Denys Breysse suggère que nous fassions part de quelques observations dans l’avis rendu par la commune. Son intervention introduit le trouble parmi les élus de la Majorité. Visiblement, le dossier leur est totalement inconnu, comme il l’est du Maire et de ses adjoints. L’affaire est cependant promptement soumise au vote : la Majorité municipale, unanime, donne, dans un vote à main levée, un avis favorable à cette extension. Mais bien des bras, comme ébranlés par les remarques de Denys Breysse, se sont levés sans conviction, par discipline. L’Opposition s’est abstenue.

Jean-Paul Jourdan


- Pour consulter les compte-rendus des autres Conseils municipaux

- Intervention de Jean-Paul Jourdan sur le DOB

- Intervention d’Anne Banvillet sur les logements sociaux

- Intervention de Denys Breysse sur la thermographie infrarouge

- Intervention de Denys Breysse sur le dossier d’installation classée