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De  Laurence Harribey

Huit jours après le coup de tonnerre de ce 25 mai 2014 et notre échec à faire émerger une majorité socialiste au parlement européen, je tenais en tant que candidate girondine et 3ème sur la liste SUD OUEST, à vous livrer quelques réflexions en guise de bilan mais aussi en forme d'espoir.

Oui, aujourd'hui j'ai mal à l'Europe; vous le savez, en tout cas ceux qui m'ont accompagnée dans cette campagne,  je me suis engagée dans ce combat parce que j'ai la conviction profonde que nombre de nos enjeux économiques, sociaux et politiques sont liés à une Europe progressiste, porteuse des droits de l'Homme comme d'un modèle économique fondé sur la cohésion sociale et territoriale. De fait, nous avons payé cher notre facilité à faire de l'Europe un bouc émissaire et notre incapacité collective à faire de l'Europe le champ des possibles.

Oui, aujourd'hui j'ai mal à la France car pour cinq ans le tiers de nos députés européens seront issus du FN. Ils ne pèseront que partiellement sur l'action parlementaire européenne, mais je suis sûre par contre qu'ils exploiteront leur force de frappe pour peser sur la vie politique française dans la perspective de 2017. Par contre notre crédibilité européenne, les relations avec nos partenaires européens et notre image dans les médias internationaux sont pour longtemps touchées. J'ai mal à la France aussi, parce que ce vote constitue un mois après les municipales, un nouveau déni de confiance à notre égard comme à l'ensemble des partis de gouvernement, déni qu'il serait suicidaire d'ignorer.

De fait aujourd'hui j'ai mal à ma famille politique. Combien de fois au cours de cette campagne menée pendant cinq mois sur le terrain, nous avons mesuré l'écart entre ce que nous défendons théoriquement et la perception de ce qui se fait depuis deux ans. Expliquer que le monde a changé, que nous devons nous adapter pour sauver l'essentiel de notre modèle, n'est plus entendable lorsque ce modèle craque de tous côtés. L'implosion politique n'est que la conséquence de la destructuration sociale et culturelle. C'est la finalité de notre politique qui n'est pas suffisamment affirmée, portée et traduite dans l'action politique.

Et pourtant, cette campagne m'a aussi convaincue de notre force lorsque nous avons l'audace d'être fidèles à nos valeurs en déclinant sur le terrain des pratiques en cohérence avec ces valeurs et que nous démontrons notre volonté collective d'assumer la posture que commande l'exercice du pouvoir.

Je voudrais à ce titre saluer tous les colistiers qui derrière Eric Andrieu et son équipe, Aminata, Xavier et Serge, ont démontré combien le combat politique est une aventure collective. Je pense particulièrement à Renaud, Mireille, Kamel, Chloé, Jérôme, Merry et Marc qui ont tout donné dans un contexte difficile.

Je voudrais remercier tous ceux et celles qui se sont fortement impliqués dans cette campagne. Les élus qui ont joué le jeu sur leur circonscription, leur canton ou leur commune. Avec eux nous avons mesuré combien la qualité de rencontre sur le terrain dépendait de la proximité et du dialogue permanent qu'ils ont eux-mêmes avec leurs concitoyens comme avec leur base militante.

Je voudrais remercier les militants qui malgré la déception des municipales ont repris le chemin des marchés, des immeubles, des boites aux lettres et ont  permis des rencontres avec nombre de réseaux socioprofessionnels, associatifs, et syndicaux, rappelant ainsi combien un mouvement politique n'est rien sans écho dans le mouvement social.

Je voudrais remercier notre équipe de la fédération de Gironde qui autour de Chantal et Delphine ont été de toute l'aventure.

Je voudrais remercier avec ferveur les jeunes socialistes, tout particulièrement Wiame et Mathieu, Xavier, Simon et toute leur équipe, qui sans relâche ont donné du punch, de l'imagination et du sens à cette campagne. C'est avec eux qu'il faut avancer maintenant.

Au lendemain de ce 25 mai, il nous faut relever deux défis. Participer au redressement de la France  tout d'abord en lui donnant une finalité : celle d'une reconquête de la cohésion sociale et territoriale. Ceci suppose un modèle d'action politique innovant, un changement logiciel. Ce n'est pas le FN qu'il faut combattre mais la destructuration sociale et culturelle qui en est la sève.  Redonner un sens à la solidarité européenne ensuite ou plutôt parallèlement. Il n'est plus possible de ne parler d'Europe qu'une fois tous les cinq ans. Nous avons dit et redit lors de cette campagne que l'Europe devait se conjuguer au présent, dans la proximité et en étroite liaison avec les instances régionales et nationales. Nous devons nous saisir durablement du combat politique européen. Je sais que nous sommes nombreux à en être convaincus.

Pour ma part, je m'efforcerai encore et toujours d'y participer.

Bien à vous, avec mes remerciements renouvelés et ma confiance lucide mais porteuse d'espoir que je voudrais contagieuse.