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Monsieur le Maire,
J’articulerai mon intervention autour de la question de l’endettement de la commune : 19 millions d’€ au 1er janvier 2007, un peu plus de 24 millions au 1er janvier 2008. La dette s’est donc accrue de 5 millions d’€ en un an (+26,5%) de budget primitif à budget primitif. Vingt quatre millions d’€, c’est, pour donner un élément de comparaison, presque le prix (hors taxe) de quatre médiathèques de la taille de celle que nous avons, ou encore l’équivalent de la totalité du budget de fonctionnement de la commune pour cette année. Cette dette, ramenée à la population de la commune, s’élevait en 2007 à 835 € par habitant ; elle atteint aujourd’hui 1056 €. Le seuil des 1000 € est donc franchi ; l’endettement par habitant est à Gradignan supérieur à l’endettement moyen des communes de la même strate démographique en France, qui toutes ne sont pas dans l’intercommunalité, à l’inverse de la nôtre, et ont donc, en plus, des charges que nous n’avons pas. Gradignan était la commune la plus endettée de la CUB, sans doute le demeure-t-elle ; peut-être même est-elle aujourd’hui décrochée, loin derrière le peloton.
Cet endettement est parti pour être durable : alors que jusqu’en 2003 la commune empruntait sur 15 à 20 ans, depuis cette date, elle le fait sur 25 ans. Nous allons seulement commencer cette année le remboursement du capital des deux emprunts contractés pour la médiathèque en 2006-2007 (4,6 millions d’€).
La conséquence de cet endettement, c’est, naturellement, la lourdeur de la charge de la dette. Ainsi, dans les dépenses de fonctionnement de 2008, vous n’avez pas pu faire autrement que d’inscrire plus d’un million d’€ au titre des charges financières (paiement des intérêts de la dette) soit +27% par rapport à 2007. Vous n’avez pas pu faire autrement non plus que d’inscrire dans les dépenses d’investissement le remboursement d’emprunts à hauteur de 1,6 millions d’€, soit la moitié des dépenses d’investissement.
Dans les dépenses de fonctionnement, outre les charges financières, c’est-à-dire le remboursement des intérêts des emprunts, déjà évoquées, je soulignerai le niveau important d’accroissement des charges de personnel (+9,3%). Par rapport aux dépenses réelles de fonctionnement, nous sommes à 57,5 %, presque quatre points de plus par rapport à 2003. Le tableau de l’état du personnel montre d’ailleurs que nous sommes passés d’un effectif budgétaire de 486 personnes en 2003 à 545 en 2007, et, en effectifs pourvus de 277 à 318.
Dans la construction du budget, vous avez ajusté les recettes aux dépenses.
S’agissant des recettes d’investissement, la commune contractera en 2008 un nouvel emprunt ou des emprunts nouveaux à hauteur d’un million d’€, ceci compte tenu d’un auto financement très faible inscrit au budget primitif : 100 000 € seulement, un montant incroyablement bas. Je rappelle qu’en 2005 ce montant était douze fois plus élevé (1 240 000 €). De façon tendancielle, l’auto financement est pris en étau depuis quelques années entre des recettes de fonctionnement en petite croissance et des dépenses de fonctionnement en augmentation significative. On aura donc, pour 2008, un autofinancement de l’investissement tout à fait symbolique, et, je le répète, la moitié de l’investissement sera absorbé par le remboursement de nos dettes.
Pour équilibrer les dépenses de fonctionnement, la solution inscrite au budget primitif est fondée sur une augmentation des taux de la fiscalité locale. Cette question fait l’objet de la délibération qui suit. L’augmentation est de 2% ; elle vient s’ajouter aux hausses de même niveau (voire davantage) de 2002, 2004, 2006. Mais comme la majoration des bases sur lesquelles s’appuie le taux de 2008 est de 1,6%, le prélèvement fiscal sur les contribuables de la commune sera, par un effet multiplicateur, nettement supérieur à 2%, soit 2,63 % : c’est moins que l’inflation, certes, mais plus que l’augmentation des revenus des particuliers. En outre, compte tenu du nombre d’unités fiscales nouvelles (c’est-à-dire de l’installation d’un nombre de foyers supplémentaires), le prélèvement sur les contribuables va passer de 12,5 millions d’€ à 13,3 millions d’€ (+6,4%).
Au total, dans le budget que vous nous présentez ce soir, tout se tient. Dans une récente livraison, le magazine économique Challenge a étudié la gestion des 873 villes françaises de plus de 10 000 habitants, et les a classées en cinq niveaux : « Très bien », « Bien », « Moyen », « Peut mieux faire », « Doit mieux faire ». Gradignan est gratifiée d’un « Peut mieux faire », la moins bonne des appréciations attribuée pour les villes de la Gironde. Nos finances municipales ne sont certes pas dans le rouge. Pour 2008, le remboursement de nos dettes atteindra 11,65% de nos dépenses de fonctionnement ; nous sommes encore loin du seuil d’alerte mais, cette année, nous progresserons vers lui à raison d’un point supplémentaire. On ne peut pas dire que notre situation financière soit bonne. Pour récapituler, il y a dans ce budget un effort sans précédent, au moins depuis 2001 pour limiter le recours à la dette, mais l’en-cours de celle-ci a bondi entre 2007 et 2008. L’autofinancement est insuffisant en raison de la croissance des dépenses de fonctionnement, ce qui n’évite pas le recours à l’emprunt et à la hausse des impôts locaux. Lors du débat d’orientation budgétaire, il y a quelques semaines, vous aviez parlé du budget de 2008 comme d’un budget de « transition ». Permettez-nous, Monsieur le Maire, d’y voir un budget visant à contrôler un dérapage en cours.
Jean-Paul Jourdan